Les capacités élevées et les difficultés peuvent se masquer mutuellement
La double exceptionnalité désigne la coexistence d’un haut potentiel intellectuel ou d’un talent marqué dans un domaine avec des difficultés liées, par exemple, à un TDAH, un TSA ou un trouble dys. Les expressions anglaises « 2E » et « twice exceptional » désignent le même concept. Il ne s’agit pas d’un diagnostic médical distinct, mais d’une manière de considérer ensemble les points forts et les besoins de soutien.
La définition de référence de la double exceptionnalité ne limite pas les capacités élevées à un QI global : elle inclut aussi un talent ou une créativité remarquables dans un domaine particulier, comme les mathématiques, les sciences ou les arts. La double exceptionnalité passe facilement inaperçue parce que capacités et difficultés se masquent de trois façons.
| Ce qui échappe à l’observation | Ce qui se passe réellement |
|---|---|
| Les capacités élevées masquent les difficultés | Le raisonnement, le vocabulaire, les connaissances ou les efforts compensent les difficultés et maintiennent les résultats au-dessus de la moyenne. Si l’on ne regarde que le résultat final, les difficultés de lecture, d’écriture ou d’attention restent invisibles |
| Les difficultés masquent les capacités élevées | La lecture, l’écriture, la production, la remise des travaux ou les contraintes de temps font baisser les résultats. La compréhension et le talent particulier sont alors sous-estimés eux aussi |
| Les deux se compensent | Les domaines élevés et faibles se moyennent, si bien que la personne n’accède ni à des activités adaptées à son potentiel ni au soutien dont elle a besoin |
Réussir une tâche complexe n’empêche pas d’avoir du mal à accomplir les tâches du quotidien
Les comportements qui paraissent contradictoires s’expliquent parce qu’une tâche complexe et une tâche quotidienne ne sollicitent pas les mêmes capacités.
À l’école, une personne peut résoudre un problème difficile sans parvenir à rendre ses devoirs, ou comprendre le cours tout en perdant des points dans une épreuve qui exige beaucoup d’écriture. Au travail, elle peut mener des analyses complexes ou concevoir des systèmes, mais avoir du mal à achever une mission dès qu’elle exige de suivre plusieurs dossiers, d’effectuer des saisies répétitives ou de coordonner des échéances.
Des résultats scolaires ou professionnels supérieurs à la moyenne ne révèlent pas toujours que la lecture et l’écriture restent en deçà de ce que permettrait la compréhension, que maintenir ces résultats demande un temps démesuré, ou encore que la capacité à accomplir les tâches se dégrade fortement dès qu’une aide disparaît. Comprendre une situation et agir avec constance dans un quotidien changeant sont deux capacités différentes. Les difficultés au travail malgré un QI élevé montrent plus concrètement comment cet écart apparaît chez l’adulte.
Il n’existe ni profil de QI propre aux personnes 2E ni seuil universel
Il n’existe pas de configuration de scores WAIS ou WISC commune à toutes les personnes concernées, ni de critère universel fixé à « QIT 130 ou plus ».
Un niveau élevé en compréhension verbale ou en raisonnement, associé à une mémoire de travail ou à une vitesse de traitement plus faibles, n’est qu’un exemple. Certaines personnes ont un talent très élevé dans un domaine précis ; chez d’autres, les écarts entre capacités font que le QIT n’atteint pas un niveau exceptionnel. Les variations liées aux difficultés associées sont détaillées dans le profil cognitif du TDAH et le profil cognitif du TSA.
Le QIT décrit l’aptitude cognitive générale. Les capacités élevées et les difficultés persistantes apparaissent aussi dans les informations suivantes :
- un QI élevé, des réalisations ou des créations remarquables dans un domaine précis ;
- des difficultés durables en lecture, en écriture, dans les apprentissages, dans l’organisation et l’accomplissement des tâches ou dans l’adaptation au quotidien ;
- le parcours développemental, scolaire et professionnel, ainsi que la différence de fonctionnement avec et sans soutien.
Chez l’adulte en France, l’évaluation peut associer un bilan intellectuel réalisé par un psychologue et, selon la nature des difficultés, un entretien clinique, l’étude de l’histoire développementale et des évaluations ciblées sur le TDAH, le TSA ou les troubles dys. L’objectif est d’établir séparément les capacités élevées et les obstacles qui empêchent de les exprimer.
Quand l’écart entre les indices de raisonnement et ceux de mémoire de travail ou de vitesse de traitement est important, la différence entre l’IAG et l’IPC aide à distinguer, d’un côté, la compréhension et le raisonnement et, de l’autre, la capacité à traiter l’information dans le temps imparti. La double exceptionnalité ne se résume pas à cet écart : elle tient à la coexistence des capacités élevées et des difficultés qui entravent leur expression.
Proposer des tâches à la hauteur des capacités tout en soutenant les étapes difficiles
Il ne faut pas attendre que les performances dans les domaines difficiles atteignent la moyenne avant de proposer à la fois des tâches adaptées aux capacités élevées et des aménagements ou un apprentissage ciblé des compétences qui posent problème.
| Étape difficile | Association entre tâche et soutien |
|---|---|
| Lire, écrire ou répondre | Donner accès à un contenu avancé avec des livres audio ou la synthèse vocale, autoriser le clavier ou la dictée vocale, et enseigner séparément les compétences de lecture et d’écriture nécessaires |
| S’organiser et aller au bout des tâches | Transmettre les consignes par écrit et rendre visibles les étapes, les priorités, les échéances intermédiaires et les critères indiquant que la tâche est terminée |
| Effectuer une tâche dans le temps imparti | Accorder davantage de temps et réduire les répétitions déjà maîtrisées, tout en maintenant une difficulté adaptée aux capacités |
| Gérer le changement ou l’environnement sensoriel | Rendre explicites les changements de programme, les rôles et les règles implicites, puis assurer un environnement propice à la concentration |
Les aménagements sont compatibles avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ainsi qu’avec le développement des fonctions exécutives. Il n’est pas nécessaire de suspendre les apprentissages avancés en attendant ces progrès : les activités d’exploration et de création, ainsi que les responsabilités adaptées aux points forts de la personne, peuvent se poursuivre en parallèle des aides et des apprentissages nécessaires.
L’objectif n’est pas d’amener tous les scores au même niveau. Il est de permettre à la personne de travailler sur des tâches adaptées à ses capacités élevées et de poursuivre ses études, son travail et sa vie quotidienne malgré les difficultés.